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Wednesday, March 6, 2013

Schiele

Depuis une vingtaine d’années, j’ai l’habitude d’aller déjeuner chez Lipp, boulevard Saint-Germain. Voici quatre ou cinq ans, ma table côtoyait celle de Gérard de Villiers, l’auteur de la série SAS. Je le remerciais avec effusion de ces livres que me permirent de voyager dans le monde, de Hong Kong à Léningrad, Bakou, etc. J’aimais son héros le prince Malko Linge. Grâce à lui, j’ai visité Vienne. À vingt ans, découvrir l’ancienne capitale de l’empire austro-hongrois fut un moment exceptionnel d’émotion. J’ai dormi au palais Schwarzenberg, diné chez Palaki, ou au Drei Hussard, et dégusté du chocolat chez Sacher. Son Altesse Sérénissime Malko Linge me guidait dans les lieux les plus agréables de cette ville, avec la valse, les Lipizans, la Hofburg, etc., carte postale de vacances.

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Image extraite des films Sissi avec Romy Schneider


Je suis un « aficionado » de Stefan Zweig et de cette période d’avant la guerre de 14-18. Il me restait l’image d’une Vienne dansant la valse à Schönbrunn. Vienne la vertueuse ne cachait-elle pas une Vienne plus cosmopolite, flamboyante, avec l’arrivée des émigrés tchèques, hongrois, rencontre de tant de nationalités diverses ? Les historiens ne sont pas tous d’accord sur le sujet, mais Georges Clémenceau aimait s’encanailler dans cette ville.

Grâce à un roman d’espionnage, j’ai découvert Vienne et sa culture, je cherchais Le Troisième Homme, avec sa musique obsédante et un Orson Welles éblouissant.

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Orson Welles dans Le Troisième Homme.


Je rêvais de l’héroïne de SAS, la belle Alexandra, aux formes à faire damner un moine dans un monastère du Haut-Adige. J’y rencontrais Klimt avec ses femmes au corps enluminés d’or, puis Schiele.

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Egon Schiele, Nu contre un tissu coloré, 1911.
Aquarelle et mine de plomb, rehauts de blanc, 48 x 31 cm.
Collection particulière.


Je me suis mis à douter de la belle Viennoise et de ses charmes. Chez Schiele, les femmes sont souvent anorexiques, la comparaison avec les top-modèles des années 1990-2000 me vint immédiatement à l’idée. Ces corps qui devraient attirer convoitise et plaisir, sont presque répulsifs. Je suis comme Lacan qui ne supportait pas la vue de L’Origine du monde de Courbet. J’ai souffert devant ces peintures au sexe coloré. L’amour et la poésie, je ne les ai pas rencontrés chez Schiele ; en paraphrasant Clément Marot, trois choses rouges n’appellent pas forcément au fantasme. En lisant le Freud d’Onfray, je pensais à Schiele et à cette société immobile qui courrait tout droit à sa fin, sans en connaître la date. Vienne s’enfonçait au rythme du Titanic dans le gris et le noir d’un océan de tragédie, au son des valses chatoyantes de Strauss.

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Egon Schiele, Portrait de Gerti Schiele, 1909.
Huile, peinture argent, bronze et dorée, crayon sur toile, 140,5 x 140 cm.
The Museum of Modern Art, New York.


Ce mélange de mort et de vie qu’une peinture de Schiele rend à merveille, une femme aux couleurs ternes, mais aux vulves orange ou rouges. Comme s’il ne restait de cette humanité qu’une tâche éclatante et bruyante. Non en vérité, je préfère Klimt et Alexandra pour peupler mes rêves.

Pour découvrir ou apprécier les œuvres de Schiele, rendez-vous au Leopold Museum de Vienne qui accueille l’exposition « Les Métamorphoses d’Egon Schiele » ou bien consultez l’ouvrage intitulé Egon Schiele, édité par Parsktone International.

Thursday, December 27, 2012

Dali et le Baby-Boomeur

Pendant les années 70, si ma mémoire ne me trahit pas, j’ai découvert le grand peintre Salvador Dali. A l’époque, je fuyais comme la peste les émissions culturelles - aujourd’hui aussi. Je ne m’attendais pas à voir à la télévision un homme avec des moustaches aussi ridicules que celles d’Hitler ou Napoléon III, déclamer avec force : «  Je suis fou du chocolat Lanvin. »

Plus tard, je fréquentais les endroits branchés – mais le mot n’existait pas encore – les lieux comme Castel où Jean nous accueillait avec tellement de gentillesse, ou Régine rue de Ponthieu, plus moyen-oriental dans le débordement de parures d’or et de diamant portées par de jolies femmes très accueillantes.

Je rencontrai Amanda Lear, l’égérie de Dali. Je ne lui ai jamais parlé, mais je la vis se mouvoir dans les tenus les plus sexys. A l’époque, nous nous posions tous la même question : homme ou femme ? Son visage permettait toute extrapolation. Peut-être le grand «  masturbateur » aurait-il pu nous donner une réponse. J’ai gardé associer cette belle artiste au peintre, allez savoir pourquoi !!

J’ai une seconde image de Dali en tête : un homme avec un bonnet de nuit que j’ai vu dans un magazine. Ce qui reste dans ma mémoire c’est le rythme de sa voix, saccadée comme le bruit d’une mitrailleuse dans les rues de Barcelone pendant la guerre civile espagnole. Une espèce de Malraux sans mouvements extravagants du visage.

J’ai découvert sa peinture plus tard, après son anagramme «  Avida Dollars ». Cet homme de la société du spectacle chère à Debord, avait réussi à se faire connaître d’une génération davantage par ses excentricités que par son talent. Son titre de marquis vint couronner le pitre plus que le génie de la peinture. J’ai beaucoup aimé le tableau de Gala vue de dos regardant à travers une fenêtre. Cette œuvre m’a toujours ravi. Elle est d’une simplicité déconcertante.

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Salvador Dali, Gala nue vue de dos, 1960.
Huile sur toile, 42 x 32 cm.
Fondation Gala-Salvador Dalí, Figueras.


Plus tard lorsque j’allais déjeuner avec Gilles Neret, l’auteur d’un monumental ouvrage sur Dali, j’ai découvert un homme qui ne correspondait guère à son image télévisuelle. Et si derrière ses pantalonnades se trouvait un véritable créateur ? Dali était un peintre à l’imaginaire sans frontières.

Il est peut-être temps de redécouvrir le travail de ce touche à tout qui nous laisse une œuvre déconcertante. Entre le chocolat Lanvin et les dollars, il y a le Centre Pompidou, dans lequel a lieu la première rétrospective Dali depuis trente ans, du 21 novembre au 8 janvier 2013. Vous pouvez aussi parcourir le livre Dali de Victoria Charles présentant sa vie et ses chefs-d’œuvre.

Monday, October 15, 2012

Le XIXe siècle, éternelle chronique de l’art français

Le xixe siècle français : siècle de l’art de vivre à la française. Qui ne pense pas tout de suite à Toulouse-Lautrec et au monde des bordels de Montmartre, à la forte consommation d’absinthe qui, en un sens, développait l’esprit créatif, à la grande époque du Moulin Rouge, aux cafés-concerts et à Pigalle.

Révolution, industrialisation, bourgeoisie, tels sont les mots qui nous viennent à l’esprit. Mais il faut surtout penser à la Modernité, aux changements des mœurs. Comme le prouve le tableau d’Édouard Manet ci-dessous, ce siècle a été avant tout celui du renouveau et des chocs visuels pour le grand public : une femme nue au milieu d’hommes habillés, pure provocation pour l’époque.

 


Édouard Manet, Le Déjeuner sur l’herbe, 1863.
Huile sur toile, 208 x 264,5 cm.
Musée d’Orsay, Paris.


 

Son impact a dû être à peu près le même que si aujourd’hui un artiste représentait la scène avec des personnages défigurés et monstrueux, anorexiques ou obèses. Les représentations de ce type et la vision de corps humains hors-normes sont encore difficiles à regarder de nos jours. Je suis même certaine que si la scène était simplement reproduite à l’identique avec des personnages vivants, en pleine rue, de nombreux passants seraient choqués. Qui ne seraient pas dérangé de voir Sophie Marceau nue dans l’espace public ? Les féministes ne manqueraient pas de crier au scandale. L’esprit du xixe siècle était-il plus aventureux ? Face à cette peinture, nous pouvons le supposer.

L’exposition La Bohème qui a ouvert ses portes au Grand Palais à Paris est bien la confirmation que l’esthétique de ce siècle demeure une image prégnante dans notre société, qui nous intrigue toujours.

Pour dépasser les idées reçues à propos de l’art du xixe siècle, vous pouvez vous rendre à l’exposition « Modern Life – France in the 19th century » à Stockholm, où toutes les expressions artistiques sont présentées : peinture, sculpture, arts décoratifs, dessins, photographie. L’exposition suédoise couvre un large xixe siècle, de la Révolution à la première guerre mondiale. Vous pouvez aussi consulter ce livre sur l’Impressionnisme.

 

Tuesday, September 18, 2012

Bonjour Tristesse ?

En regardant les trois tableaux ci-dessous, le lien qui les unit est difficile à envisager au premier coup d’œil. En matière de peinture de paysage, Van Gogh et Böcklin pourraient-ils être plus éloignés l’un de l’autre ? Des courbes douces à la rigueur stérile… Que s’est-il passé entre temps ?

 


Vincent van Gogh, La Nuit étoilée, 1889.
Huile sur toile, 73,7 x 92,1 cm.
Museum of Modern Art, New York.


 

Le symbolisme est passé par là. Mouvement de l’imagination, de la poésie, de l’émotion. Mais je dirais aussi de l’isolement, des couleurs tristes et un peu morbides. Qui, étant d’humeur normale, voudrait se promener dans les paysages d’Odilon Redon ou d’Arnold Böcklin, paysages ternes dans lesquels les personnages ont toujours l’air mélancoliques. Il est difficile de s’identifier au travail des peintres symbolistes.

Les symbolistes jouent sur la représentation du monde réel, le déformant pour créer un univers fantastique, dans lequel nous perdons nos repères. Ils privilégient l’idée à la forme et c’est en ce sens qu’ils ont favorisé l’arrivée de l’abstraction. Et heureusement !

 


Odilon Redon, La Barque mystique, vers 1890-1895.
Pastel sur papier, 51 x 63,5 cm.
The Woodner Collection, New York.


 

Mysticisme, religion, philosophie… Ce sont sans doute des éléments qui peuvent faire du symbolisme un courant apprécié en ces temps de crise. Selon moi, le symbolisme a sans doute été bénéfique à l’évolution des formes, mais il ne se démarque pas par son dynamisme et sa luminosité. Cependant, derrière de simples paysages, toujours mélancoliques ou fantastiques, se cachent en fait des références littéraires ou musicales. Le symbolisme, serait-il donc alors l’une des premières expressions artistiques plurielles, mêlant plusieurs références artistiques en une seule œuvre ?

 


Arnold Böcklin, L'Île des morts, 1880.
Huile sur toile, 111 x 155 cm.
Öffentliche Kunstammlung Basel, Kunstmuseum, Bâle.


 

Pour mieux cerner les relations entre impressionnisme, naturalisme, symbolisme et abstraction (que de -isme !), vous pouvez visiter l’exposition de la National Gallery of Scotland, et consulter cette monographie de Van Gogh, ainsi que cet ouvrage sur le Symbolisme de Nathalia Brodskaya.

 

 

 

Répine, peintre de la Russie impériale ou révolutionnaire ?


Les Bateliers de la Volga, 1870-1873.
Huile sur toile, 131,5 × 281 cm.
Musée d’État Russe, Saint-Pétersbourg.


Les Bateliers de la Volga. Des hommes en plein labeur, des cordes nouées autour de leur poitrine, tirent, traînent de lourds bateaux plein de marchandise. Hommes ou bêtes de somme ? Ils avancent imperturbables, les yeux perdus dans le vide, tout à cette tâche qui leur permet de survivre.

Ilya Répine, peintre de la Russie du tsar. C’est ce que l’on pourrait penser d’un peintre connu pour ses toiles historiques ou ses portraits de personnages officiels. Et pourtant bien au contraire, je dirais que Répine a été le peintre du peuple russe, celui montrant la réalité de la vie difficile en Russie au début du xxe siècle. Les Bateliers de la Volga en est l’exemple parfait.

Il campe ses personnages en pleine souffrance ou dans des scènes anecdotiques du quotidien. Dans ses portraits, le modèle n’est jamais mis en valeur, mais bien représenté tel qu’il est, jeune, vieux, beau ou laid.

Imaginez l’écrivain Léon Tolstoï labourant un champ dans sa maison de campagne. Il a certainement dû le faire car, proche de la terre, il possédait un vaste domaine agricole, mais c’est une scène mettant à mal son image d’intellectuel auprès du grand public : Répine l’a osée.


Ilya Répine, Léon Tolstoï labourant un champ, 1887.
Huile sur carton, 27,8 x 40,3 cm.
Galerie d’État Tretiakov, Moscou.



Séance solennelle du Conseil d’État le 7 mai 1901, 1903.
Huile sur toile, 400 x 877 cm.
Musée d’État Russe, Saint-Pétersbourg.


Mais comme pour échapper à ce dur monde populaire, il peint aussi des portraits de personnages officiels, des scènes politiques, la vie des proches du tsar. Il assiste par exemple à des séances de l’Assemblée russe et n’oublie aucun des hommes qui faisaient la vie politique d’alors. Quel écart entre ces notables en habits officiels, pleins de vie et bien nourris, et les malheureux travaillant le long de la Volga, chaque jour courbés sur la misère de leur vie.

Ses toiles sincères et détaillées seront considérées comme des témoignages précis de l’oppression tsariste pour le régime communiste, qui va les utiliser pour sa propagande. Répine est le peintre de la vie politique, rurale, intime du peuple russe au début du xxe siècle. De la Volga à la Douma, que d’imagination !

Le musée Bunkamura présente en ce moment une sélection des œuvres de ce grand peintre russe. Si vous ne pouvez faire le déplacement jusqu’au Japon, vous pouvez consulter le livre Ilya Répine de Grigori Sternin et Jelena Kirillina.

Tuesday, September 11, 2012

Caillebotte: la tirelire des impressionnistes

A l’époque, Gustave Caillebotte est considéré comme un grand mécène du mouvement impressionniste qui, grâce l’héritage reçu de son père, eut la possibilité de se procurer les oeuvres de ses amis impressionnistes et de payer le loyer de l’atelier de Monet. Ce n’est qu’après sa mort que Caillebotte est reconnu comme l’un des grands maîtres de l’Impressionisme en plus de son statut de grand maître financier ( il venait régulièrement en aide à ses amis en les soutenant financièrement).

Bien que Caillebotte fasse partie du mouvement impressionniste, son style diffère de ses contemporains : Degas, Monet, Renoir, et Pissarro, parmi lesquels il a exposé lors de la seconde exposition impressionniste de 1876. Son intérêt pour la photographie se ressent à travers sa peinture grâce à sa capacité à saisir un instant précis de façon réaliste.


Gustave Caillebotte, Rue de Paris, Temps de Pluie, 1877.
Huile sur toile, 212 cm x 276 cm.
Art Institute of Chicago, Chicago.


Caillebotte, comme ses contemporains, représente un Paris nouveau, modernisé par Napoléon III et Georges Eugène Haussmann. Le Paris que tout le monde connaît aujourd’hui, avec ses  grandes avenues bordées d’arbres et ses espaces verts.

Cependant, contrairement à ses amis impressionnistes, Caillebotte souhaite peindre ce nouveau Paris de manière encore plus réaliste. Le ciel gris, la pluie, les rues pavées de son tableau Rue de Paris, Temps de Pluie, accentuent la sensation de monotonie du quotidien et de tristesse que l’on ressent au premier regard. Pour le peintre, cette nouvelle ville métropolitaine, au plan méticuleux et si esthétique, est comme le quartier des Sims : parfait de l’extérieur, mais seul de l’intérieur.


Gustave Caillebotte, Les Raboteurs de parquet, 1875.
Huile sur toile, 102 cm x 146.5 cm.
Musée D'Orsay, Paris.


Caillebotte est également  reconnu pour avoir introduit un nouveau sujet à ses peintures : la classe ouvrière. Thème pour lequel il porte un grand intérêt. Il faut savoir qu’à l’époque, grâce au nouveau chemin de fer et à la Révolution industrielle en France (1815-1860), il y a eu une grande migration des ouvriers de la campagne vers Paris.

Jusque-là, seuls les fermiers et les paysans sont représentés, c’est pourquoi, en 1875, le Salon refuse son œuvre intitulée Les Raboteurs de parquet, prétextant que le sujet est vulgaire. La réalité décrite par Caillebotte, les conditions ouvrières, la tristesse ainsi que la pauvreté de ce nouveau Paris ne veulent pas être reconnues.


Si vous souhaitez voir les oeuvres de Caillebotte et sa représentation de la fin du 19ième siècle et du début du 20ième siècle, rendez-vous au Schirn Kunsthalle Frankfurt du18 octobre 2012 au 20 janvier 2013 pour l’exposition de Gustave Caillebotte. Vous pourrez également en apprendre plus sur les impressionnistes en feuilletant ce livre.


Friday, August 24, 2012

Hopper fait du cinéma

J’ai beaucoup aimé le film « L’Arnaque », avec Robert Redford et Paul Newman. Vous vous souvenez peut-être de cette scène : un café en coin de rue, Robert Redford assis face à une tasse de café, une femme brune le regarde. C’est la tueuse possédant le contrat lancé sur la tête de Robert.

Chaque fois que je revois ce film, j’ai l’impression de rentrer dans un tableau de Hopper. Un homme, une femme, solitaires, le regard perdu vers l’horizon sans fin ; des lumières oranges, vertes, qui viennent balayer avec délicatesse des visages blanchâtres.


Edward Hopper, Oiseaux de nuit, 1942.
Huile sur toile, 84,1 x 152,4 cm.
The Art Institute of Chicago, Chicago.


Cette atmosphère des films américains des années 40 et 50 correspond à une période qui rimait avec Clark Gable, Cary Grant, Humphrey Bogart, Lauren Bacall ou Rita Hayworth. C’était le cinéma d’avant « The Artist » ou de la 3D. La télévision n’avait pas franchi le seuil de nos maisons.

Les tableaux de Hopper nous font rentrer dans cette Amérique, celle des souvenirs. C’était le temps ou le cow-boy de Time Square fumait sans interdit, ou le whisky n’était pas un péché, le sexe pas un crime. L’Amérique de rêves et des espérances.

Une rétrospective « Hopper » est actuellement visible au Museo Thyssen Bornemisza de Madrid, jusqu’au 16 septembre. À partir du 6 octobre, le Grand Palais de Paris offrira aussi aux amateurs de Hopper, une exposition sur son travail. Vous pouvez préparer et compléter ces deux visites avec cette monographie sur Hopper de Gerry Souter.

 

Tuesday, August 14, 2012

Jasper Johns – symbole de la fierté américaine ?

Le Whitney Museum a créé une exposition autour du thème du patriotisme. Le travail de nombreux artistes américains, comme Hopper ou Charles Ray, est présenté afin d’étudier l’expression du sentiment de fierté de la nation. Comment l’art provoque-t-il une émotion qui provoque chez le spectateur le sentiment d’appartenir à une nation ?

En cette période de jeux olympiques, le thème est plutôt bien trouvé, surtout dans un pays construit autour du patriotisme. Les visiteurs ne manqueront pas.


Jasper Johns, Drapeau, 1954-1955.
Encaustique, huile et collage sur tissue monté sur contreplaqué, trois panneaux, 107,3 x 153,8 cm.
Museum of Modern Art, New York.



Jasper Johns, Carte, 1961.
Huile sur toile, 198,2 x 314,7 cm.
Museum of Modern Art, New York.


Les toiles de Jasper Johns sur le drapeau et le continent américain paraissent être les meilleurs témoignages possibles de ce sentiment. Quel meilleur symbole que le drapeau de son pays ? Cependant le choix de ce thème n’était pas aussi simpliste pour Johns. Cela peut aussi être une référence à son service militaire, ou une réaction contre l’art de l’époque (les expressionnistes abstraits comme Rothko) qui préférait des toiles lisses, sans représentations d’objets.

En complément de cette exposition et afin de découvrir l’œuvre de Johns, vous pouvez parcourir les pages de Jasper Johns.

Monday, August 13, 2012

Titien et la gloire de la culture anglaise ?

La National Gallery de Londres présente en ce moment une exposition reliant la série des Métamorphoses de Titien, peintes pour Philippe II d’Espagne, à l’art contemporain anglais.

En cette période de jeux olympiques en Angleterre, le but est bien sûr de glorifier la création culturelle anglaise. Des peintres contemporains, danseurs et poètes anglais ont la chance d’être présents dans la National Gallery.

Mais pourquoi Titien ? Quel est le lien entre son travail, en Italie, au xvie siècle, et la création actuelle anglo-saxonne ?

Je dirais spontanément : aucun. Pourquoi ne pas aller jusqu’au bout de leur démarche et avoir choisi un artiste anglais comme Hogarth ou Turner ?

Le thème des Métamorphoses n’a pas non plus de rapport évident avec les jeux olympiques, choisir les Douze Travaux d’Hercule aurait été plus judicieux.

Toujours est-il que cette exposition est l’occasion d’admirer trois grandes toiles d’un des maîtres les plus importants de la Renaissance italienne, réunies pour la première fois dans le même musée. Afin d’en savoir davantage sur Titien et de pouvoir pleinement apprécier son travail, vous pouvez consulter Titien, un livre complet sur cet artiste.


Titien (Tiziano Vecellio), Diane et Actéon, 1556-1559.
Huile sur toile, 184,5 x 202,2 cm.
The National Gallery, Londres.



Titien (Tiziano Vecellio), La Mort d’Actéon, vers 1565-1576.
Huile sur toile, 178,4 x 198,1 cm.
The National Gallery, Londres.

Friday, July 20, 2012

De l’ambiguïté du corps humain

Si vous pensez que la représentation de personnages androgynes est née sous le pinceau de Michel-Ange, vous vous trompez…
Vous connaissez La Joconde… Mais connaissez-vous toute la diversité des œuvres de Léonard de Vinci ? Il dessina entre autres beaucoup de planches anatomiques : des hommes, des femmes, des animaux aussi. À plusieurs échelles : le corps nu, des écorchés (nom donné aux dessins représentant les muscles) et des coupes d’organes.


Léonard de Vinci, Recto : L'Anatomie de l'épaule et du cou. Verso : Les Muscles de l'épaule, vers 1510-1511.
Crayon et lavis sur craie noire, 29,2 x 19,8 cm.
The Royal Collection.



Léonard de Vinci, Le Système cardiovasculaire et les principaux organes de la femme, vers 1509-1510.
Craie noire et sanguine, encre, lavis jaune, finement piqués, 46,7 x 33,2 cm.
The Royal Collection.


Dites-vous qu’à l’époque de Léonard de Vinci, la connaissance n’était pas aussi vulgarisée qu’aujourd’hui. Ces dessins représentaient une grande avancée pour la science et prouvaient la curiosité de l’artiste pour la nature et la vie.

Personnellement, les dessins anatomiques me mettent assez mal-à-l’aise. En revanche, j’aime beaucoup les nus de De Vinci. Le modelé parfait des ombres, la précision vivante des lignes et la justesse du mouvement… Même si la limite entre corps masculin et corps féminin n’est pas toujours très claire, ces dessins sont des modèles d’une inépuisable richesse pour toute personne qui, avec ou sans prétention, a jamais tenu un crayon…

Si vous souhaitez parfaire vos talents d’anatomiste et / ou de dessinateur, rendez-vous au Buckingham Palace, qui présente l’exposition Leonardo da Vinci: Anatomist.

Découvrez la magie d’une époque qui n’avait pas encore séparé la science et l’art en ouvrant le TS Da Vinci Volume 1, le TS Da Vinci Volume 2 et le MS Da Vinci, tous trois disponibles en version papier et en version e-book.

Friday, June 29, 2012

Pas sur la bouche !

Turner, Monet, Twombly : quel(s) point(s) commun(s) ? Vous avez entendu parler des deux premiers comme étant des maîtres, et le 3ème vous est peut-être totalement inconnu, à moins que vous vous intéressiez à l’art contemporain…


J.M.W. Turner, View on a Cross-Canal near the Arsenal, (Vue sur le Canal), 1840.
Aquarelle et gouache, 19,1 x 28 cm.
The Tate Gallery, Londres.


Le point commun, c’est le ressenti. Ces trois peintres se sont éloignés des codes réalistes attendus par la bourgeoisie de leur époque et ont peint ce qu’ils ressentaient devant le sujet… Que peint Turner dans les Baleines : les animaux ou le ciel et l’écume ? Que peint Monet dans San Giorgio Maggiore, les monuments ou l’impression de lumière bleutée ? Et que dire de Twombly, qui dans sa série Lepanto, interprète par des taches et des coulures une bataille navale du xvie siècle ?

Pourquoi s’intéresser à leur dernière période créative ? Probablement parce qu’à un moment de leur carrière, ils ont tous les trois « abandonné » quelque chose, pour mieux se consacrer à la recherche de ce qui les intéressait vraiment : la lumière pour Turner, la lumière, le brouillard et la pluie pour Monet.


Claude Monet, San Giorgio Maggiore, 1908.
Huile sur toile, 60 x 80 cm.
National Museum of Wales, Cardiff.

Quant à Twombly, à la fin de sa vie, il s’intéressait à l’aléatoire, un peu comme Pollock avant lui : alors que le premier peignait en laissant goutter le pinceau au dessus de la toile posée à plat par terre, Twombly appliquait des surplus de peinture sur la toile verticale, et la laissait s’écouler vers le bas du tableau (Lepanto, Bacchus)...


Voyez le monde tel que le voyaient Turner, Monet et Twombly, avec l’exposition Turner Monet Twombly: Later Paintings, présentée jusqu’au 28 octobre 2012 à la Tate Liverpool. Mais évitez de faire ce qu’avait fait une visiteuse d’une autre exposition consacrée à Twombly : même si cela est tentant, n’embrassez pas les toiles !!


Cy Twombly, Quattro Stagioni: Inverno, (Les Quatre Saisons : l’hiver), 1993-1994.
Acrylique, huile et crayon sur toile, 322,9 x 230 cm.
The Tate Gallery, Londres.

En attendant, entrez dans la douce lumière des aquarelles et des huiles de Turner, et laissez-vous rafraîchir par les brumes de Monet avec les ouvrages Turner et Monet.

Thursday, June 28, 2012

Un anniversaire pas comme les autres…

Vous êtes convié à une fête d’anniversaire… Et vous connaissez peut-être celle qui souffle les bougies…

La Madone Sixtine, une des plus célèbres toiles du peintre Raphaël (1483-1520), fête en effet ses 500 ans en 2012 ! Une des plus célèbres et une des plus mystérieuses aussi… Pourquoi les visages de Marie et de Jésus regardent-ils, pleins d’angoisse, en direction du spectateur ? Pourquoi le doigt du saint à droite de Marie est-il pointé vers le public ? Que signifient les visages fantomatiques visibles à l’arrière-plan ? Enfin, pourquoi la scène toute entière ressemble-t-elle autant à un décor de théâtre ?


Raphaël, Madone Sixtine, 1512-1513.
Huile sur toile, 265 cm × 196 cm.
Gemäldegalerie Alte Meister, Dresde.


Mais la question la plus mystérieuse de toutes reste celle-ci : pourquoi les deux anges dans le bas du tableau, qui ne sont qu’un détail, sont-ils devenus si célèbres ?

Si l’on regarde l’ensemble de son œuvre, Raphaël, c’est d’abord la splendeur de la chair (Le Triomphe de Galatée, vers 1512) et l’intensité des regards (Portrait de Bindo Altoviti, vers 1515). Mais Raphaël, c’est surtout le peintre qui sait saisir l’instant… On dirait que le dernier coup de pinceau vient à peine d’être donné. On serait même tenté de croire que les personnages vont se mettre à parler (La Pêche miraculeuse, 1515-1516)…

Profitez de l’exposition The Sistine Madonna: Raphael’s iconic painting turns 500, présentée jusqu 26 avril 2012 à la Gemäldegalerie Alte Meister de Dresde (Allemagne) pour voir enfin en vrai ces deux anges que vous avez si souvent croisés !
En attendant, laissez-vous emporter par le mouvement des très belles reproductions de l’ouvrage Raphaël (version imprimée ou version e-book), qui vous transportera en pleine Renaissance…

Tuesday, June 26, 2012

Bienvenue chez Les Maîtres fous…

Les Grecs lisaient le destin dans le vol des oiseaux. Les Romains mêlaient l’eau et le vin. Les Aztèques déchiffraient l’avenir dans des cœurs humains qu’ils offraient à leurs dieux. À chaque civilisation ses moyens d’entrer en contact avec le « monde des esprits »…

Or, dans ce domaine, l’imagination des Africains semble inépuisable et inégalable ! Boire le sang d’un chien fraîchement égorgé ou observer la position de bâtonnets remués par une souris enfermée dans une boîte… Autant d’exemples qui relèguent cartes à jouer et autres boules de cristal au rang de jouets pour enfants !

Ces pratiques africaines de divination ont été révélées en images dans les années 1950 et 1960 avec l’essor du « cinéma ethnographique » ou « cinéma direct », et surtout à travers les films documentaires de Jean Rouch. Il s’agit effectivement d’un cinéma très « direct », où rien n’est édulcoré et j’avoue qu’il m’est même arrivé de faire des cauchemars après avoir vu Les Maîtres fous



Présentée du 11 au 29 juillet 2012 au musée du quai Branly, à Paris, l’exposition Les Maîtres du désordre vous invite à entrer dans le monde mystérieux de l’art divinatoire. Vous deviendrez peut-être à votre tour un chamane : une personne capable d’entrer en contact avec les esprits pour ensuite expliquer aux simples mortels le sens du « désordre » qui nous entoure !

En attendant, les statuettes, les instruments de musique ou encore les masques divinatoires reproduits en très haute qualité dans Les Arts de l’Afrique noire vous initieront aux mystères du monde invisible.

Wednesday, June 13, 2012

De Maurice Druon à Umberto Eco…

Retrouvez les Rois maudits ! Si vous avez grandi en suivant les intrigues des Rois maudits, si vous tremblez encore de la terrible malédiction de Jacques de Molay, replongez-vous dans les aventures de Mahaut, de Charles de Valois et de Robert d’Artois ! Retrouvez ce monde de passions et de luttes pour le pouvoir !

Si vous aimez l’atmosphère sombre des luttes d’influence entre les ordres religieux du Moyen Âge…
Si vous avez la tentation d’ouvrir des livres mystérieux… Laissez-vous à nouveau porter par Le Nom de la rose !

Revisitez cette époque riche et intense, faite de mystère et de sensualité. Les Belles Heures du duc de Berry, exposé au musée du Louvre jusqu’au 25 juin 2012, appartient à cette époque-là.


Les Frères Limbourg, Les Très Riches Heures du duc de Berry : le moi de mai, vers 1412-1416. 22,5 x 13,6 cm. Musée Condé, Chantilly.


Si la trouble séduction du Moyen Âge tardif vous attire, explorez les tombeaux et les gisants de Westminster, dont il est dit que parfois, la nuit, ils laissent sortir leurs occupants... Ou perdez-vous dans des lieux millénaires, où le poids du temps a engendré son lot de légendes… L’Art gothique et L’Art roman  vous invitent à une plongée au cœur de l’art médiéval.

Tuesday, June 12, 2012

Devinette…

Si on vous dit aquarelle, cieux, campagnes ?  Cela ne vous évoque rien ?
Passons à un autre registre… Si on vous dit bus, cabine téléphonique, baked beans et pudding ? Toujours rien ?
Alors une dernière série d’indices : thé - James Bond- une Reine et des chapeaux - Banksy ?

Bravo ! Vous avez trouvé : bienvenue en Angleterre ! Le pays des Beatles, des Rolling Stones et de Vivienne Westwood! Sous des dehors très stricts, le pays champion de la contre-culture et de la culture underground ! Quel autre pays serait capable de faire d’une jarretière, une décoration !!

Cet esprit si « controversial », ne croyez pas qu’il soit né avec les années soixante, Polly Maggoo et Carnaby Street… La peinture anglaise a établi sa renommée avec ses portraits, et surtout avec ses paysages. Or, les peintres considérés aujourd’hui comme des « grands maîtres » du genre ont brisé les règles artistiques de leur époque, quitte à parfois passer pour des excentriques...


John Constable, Stonehenge, 1835. Aquarelle sur papier, 38,7 x 59,7 cm. Victoria and Albert Museum, Londres.


Même s’ils ont intégré les institutions académiques de leur époque, ces peintres ont su, à des degrés divers, ouvrir des perspectives nouvelles, mêlant innovation des techniques et audace dans la recherche. Constable (xviiie - xixe siècle) quittant son atelier pour peindre en extérieur ou Turner (même époque) qui, selon la légende, se serait attaché à un mât de bateau pour mieux s’imprégner de l’atmosphère d’un naufrage !


Château de Warkworth, Northumberland - orage approchant au crépuscule, 1799. Aquarelle sur papier blanc, 52,1 x 74,9 cm. Victoria and Albert Museum, Londres.


Si vous aimez le Middlesex et le Sussex, visitez l’exposition « So Peculiarly English: topographical watercolours », présentée au Victoria and Albert Museum, à Londres, du 07 juin 2012 au 01 mars 2013.

Si, au contraire, vous trouvez les œuvres ennuyeuses et sans intérêt, ne cédez pas à la tentation d’imiter les supporters anglais : ne vous dénudez pas, même si la tentation est grande, je l’avoue… À moins que vous ne souhaitiez goûter aussi au charme de Scotland Yard !

Dans tous les cas, perdez-vous dans les paysages et laissez-vous bercer par la lumière enchanteresse des aquarelles de Turner. Nos e-books - sur Turner, mais aussi sur d’autres peintres - contiennent des reproductions de très haute qualité.

«Waterloo, Waterloo, morne plaine…» Ok, je n’aime pas trop Le Champ de Waterloo, de Turner. Mais franchement, il n’y a qu’un Anglais pour faire d’une défaite un chef-d’œuvre !!

Thursday, June 7, 2012

Vendez votre âme au diable…

Qui n’a pas été effrayé, enfant, par « le monstre caché dans le placard » ou par la séquence de La Nuit sur le Mont-Chauve, dans Fantasia de Disney ? Qui n’a pas été impressionné, adulte, par les griffures sur le corps de Mia Farrow dans Rosemary’s Baby ou par la scène dans la cabine d’essayage dans L’Associé du diable ? Qui, enfin, peut oublier le visage de la jeune Linda Blair et la voix de Pazuzu après avoir vu L’Exorciste ?

Au xxe siècle, la religion chrétienne imprègne moins les croyances des individus que par le passé, et pourtant le diable semble nous obséder plus que jamais… En effet, le personnage du diable nourrit toujours l’imaginaire des romanciers, des auteurs de BD ou des réalisateurs.

Si le Moyen Âge et la Renaissance décrivaient souvent un diable effrayant et repoussant, le xixe siècle, avec les courants romantique et symboliste, en a fait un personnage dont toute la séduction réside dans ce subtil mélange entre répulsion et attirance…


Légende de gauche: Eugène Delacroix, Mephistopheles Flying Over Wittenberg, (Méphistophélès dans les Airs), 1828.
Bibliothèque nationale de France, Paris.
Légende de droite: Michael Pacher, "Saint Wolfgang and the Devil", panel of Pacher's "Fathers of the Church" altarpiece, (detail), c. 1483.
Alte Pinakothek, Munich.


De Gérard Philipe en Méphistophélès à Al Pacino en homme de pouvoir du New York contemporain, les exemples de diables séducteurs – et séduisants ! – ne manquent pas à notre époque… Suivez l’exemple de Marguerite… À votre tour de succomber…


Légende de gauche: Eugène Delacroix, Mephistopheles trying to seduce Marguerite, 1828.
Musée Delacroix, Paris.
Légende de droite: Gérard Philipe as Mephistopheles in René Clair's film La Beauté du diable, 1950.


Exorcisez vos peurs en visitant l’exposition Heaven, Hell, and Dying Well: Images of Death in the Middle Ages, au J. Paul Getty Museum jusqu’au 12 août 2012.
En attendant, signez vous aussi le pacte avec Satan et vendez-lui votre âme : l’e-book  L’Art du Diable contient de superbes reproductions de très haute qualité !