Showing posts with label corps. Show all posts
Showing posts with label corps. Show all posts

Monday, March 4, 2013

Mémoires d’outre-tombe – Rodin

Depuis 97 ans je suis allongé, là, à côté de mon épouse Rose au cimetière de Meudon. Les voix de l’au-delà m’ont rapporté qu’une exposition sur mon œuvre avait pour thème « La Chair et le marbre ». Curieuse idée, mais les hommes du xxie siècle nous surprennent souvent, nous qui sommes nés au xixe siècle.

Entre la chair et le marbre, j’ai toujours préféré la chair, dans son sens érotique, ce plaisir condamné par les Saintes Écritures. Je trouvais dans les interdits de la jouissance, ma plénitude d’homme. Caresser un jeune corps, sentir sous mes doigts la souplesse d’une peau et la chaleur d’une intimité m’ont inspiré mes plus beaux dessins. La possession d’une femme rendait mon cœur gai et enivrait mon esprit. J’éprouvais autant de jubilation à cette vision qu’à ce toucher délicat sous mes mains rugueuses dures et parsemées de callosités. Je vivais à nouveau.

Image

Auguste Rodin, Torse d’Adèle, 1882.
Plâtre, 16 x 50 x 19 cm.
Musée Rodin, Paris.


Si tailler le marbre, le polir épuisent mes forces, ruinent ma santé, le corps de ces jeunes femmes m’offraient un nouveau printemps. Bien sûr, j’ai été jaloux de Michel-Ange et de son Apollon, mais mes goûts me conduisaient naturellement à la Pauline de Canova ou aux égéries d’Adolphe Bouguereau. Quand le paysan se lève aux aurores pour travailler son champ, même le blé qui pousse ne le conduit pas à l’extase. Sculpture après sculpture, j’ai perdu le goût du travail, même si de par le monde je prenais la posture de l’artiste. À chaque nouvelle rencontre mon cœur battait la chamade, comme le burin une plaque de marbre, et résonnait dans tout mon être.

Image

Auguste Rodin, Femme nue dans le mouvement de ses voiles, vers 1890.
Crayon graphite, plume, encre, aquarelle et gouache sur papier, 17,5 x 11 cm.
Musée Rodin, Paris.


À chacune de mes œuvres mettant en scène un corps de femme, j’ai repensé à mes amours, fussent-elles heureuses ou orageuses comme avec Camille. J’espère que les femmes qui ont connu mes étreintes ont senti la chaleur de mon cœur et de ma passion. Entre chair et marbre, c’est faire un choix entre vie et éternité.

Croyez-moi, après cinquante ans, remplir ses hommages à la gent féminine est aussi dangereux pour l’ego que de réaliser les portes de l’Enfer. Cette tentation irrésistible qui s’exprimait dans mes reins à la vue d’un corps désiré, me conduisait dans les affres de la mauvaise conscience. Je pense alors à mon épouse, Rose, allongée à côté de moi au cimetière de Meudon.

Image

Auguste Rodin, Jardin des supplices, 1898.
Mine de plomb, estompe et aquarelle sur papier crème.
Musée Rodin, Paris.


Je reste penseur sur cette vie longue et besogneuse. J’aurais passé plus de temps à travailler des matériaux salissants que de recueillir entre mes mains la palpitation d’un cœur ou la douceur d’une croupe. À chacun son éternité.

J’espère ne point être mort dans le souvenir de ces étreintes et avoir laissé une trace dans la mémoire de toutes ces femmes que j’ai aimées. Rainer Maria Rilke va être jaloux, après le burin je prends la plume. J’ajouterai sûrement qu’une femme qui vous laisse de marbre est d’une tristesse à mourir.

Pour découvrir ou apprécier un peu plus le travail de Rodin et son rendu du corps, vous pouvez visiter l’exposition Rodin, la chair et le marbre au musée Rodin actuellement ouverte, ou acheter le titre Rodin dans les collections BO/MS/GM.

Tuesday, September 18, 2012

Rubens ou l’émotion retrouvée

J’ai une tendresse particulière pour les femmes de Rubens. Elles sont confortables à l’œil, leur chair sans apprêt. Avec leurs seins lourds et leurs cuisses larges, elles nous donnent le sentiment de pouvoir accueillir l’humanité.

Pour une génération d’hommes confrontés aux formes d’une Twiggy (top modèle anglais des années 60), ou des tops modèles de la haute-couture, quelle divine surprise que les femmes puissent être autre que filiformes, grandes et sèches ! Voici quelques années, le magazine Elle faisait sa une avec Emmanuelle Béart. Même les féministes saluèrent cette nouvelle Vénus.

Ce fut pour beaucoup un choc ; le corps féminin pouvait aussi être fait de courbes douces, de sensualité délicate. Je ne dirais pas que les femmes de Rubens me conduisent au même sentiment, mais enfin après make-up, régime, anorexie, vive les joies de la chair.

Rubens nous offre des yeux et des lèvres qui vous disent : « j’ai aimé ». L’amour n’est pas seulement jouissance, il peut aussi être douleur. Les seins lourds et les cuisses larges des femmes de Rubens nous refont découvrir le mystère de la femme, leur peau lisse, leurs exhalaisons. L’amour a aussi une odeur, celle des essences intimes. Dans nos têtes viennent s’entrechoquer les mots perdus d’usage : téton, butiner, culbuter. « Auprès de sa blonde qu’il fait bon danser ». Et après la chanson, lutiner et aussi ravir nos sens. Ah quelle époque !

Le Von der Heydt-Museum à Wuppertal en Allemagne organise justement une grande exposition sur ce maître de la peinture flamande. Pour en savoir davantage sur Rubens et découvrir ses plus belles toiles, vous pouvez consulter ce livre Rubens.